Présentation Écosophie

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L’Ecosophie : Une conscience collective

La grande difficulté de l’homme moderne est qu’il se conçoit comme un être isolé, issu d’une nature mécanique et vivant dans un univers inerte.  Il a créé la société pour qu’elle le serve et c’est avec une vision newtonienne du monde, qu’il l’a construite comme un jeu de Lego. Les fondations de ce monde sont instables tel un château construit sur le sable.

Il fait évoluer et progresser  son monde sur le plan technique et matériel, animé par la volonté de survivre et la quête d’un monde meilleur pour lui, sans se préoccuper du monde dans lequel il vit et avec lequel il est pourtant en interconnexion permanente.

En effet, la mécanique quantique nous apprend à regarder le mouvement et l’interdépendance entre l’infini petit et l’infini grand. La relation entre l’homme et la Nature est identique à la relation entre le microcosme et le macrocosme. L’être humain se pensant au niveau le plus élevé de la chaîne du vivant, s’est extrait de la nature. Et pourtant, nous sommes tous connectés à tout et la matière est un tissu relationnel, une  étoffe cosmique et une toile de connexions.

Après avoir traversé différents cycle dans son évolution (minéral, animal, végétal), l’homme a développé son intellect, sa pensée et sa capacité de créer et arrive à un moment de son évolution important car il peut à la fois influer sur la vie (manipulation génétique) ou détruire la planète grâce à l’arsenal nucléaire qu’il a construit.

Obnubilé  par sa quête de ne pas mourir et de ne plus souffrir, obsédé par sa recherche du « bonheur-plaisir » et d’un monde meilleur pour lui, l’homme se tourne vers la science pour acquérir des certitudes pour son futur sans se préoccuper des conséquences qu’entrainent ses décisions pour la planète sur laquelle il vit.

L’homme existe à travers le regard des autres et à travers ce qu’il possède. Il  se définit par ce qu’il pense « être » et donc crée une séparation avec  ce « qu’il n’est pas ».  Il ne peut concevoir l’extérieur qu’à partir de lui. En conséquence, il s’est désolidarisé de la Nature avec laquelle il ne sent plus relié. Il a une vision purement économique du monde dans lequel il vit et tout dans ce monde possède une valeur marchande.

Malgré les appels alarmistes  de la communauté scientifique internationale au sujet du climat ou de la probable extinction massive d’espèces sur notre planète, il ne peut se remettre en question et assiste comme spectateur à ce chaos soit par dénie, soit par fatalisme sans prendre véritablement conscience que l’espèce humaine est également concernée.

Dans cette poursuite folle du progrès, il a perdu la conscience de soi, des autres, et de l’environnement dans lequel il vit. Il est entrain de mettre à mal la planète parce qu’il  s’imagine extérieur et indépendant de la biosphère. Il fait partie d’un tout mais cette compréhension est le fruit d’un chemin.

L’homme continue toujours et toujours à développer son intelligence et sa connaissance scientifique mais il ne devrait pas oublier les sentiments de son cœur qui lui permettraient de vivre en accord avec la Nature et les lois fondamentales.

 En prenant conscience qu’intérieurement, il est le jouet de toutes sortes de mécanismes s’exprimant et  se  projetant  extérieurement, créant ainsi sa réalité, il est en mesure de comprendre que l’empreinte se rejoue sur des niveaux plus collectifs tel que nous le dit le Lama Deny.   « Ecologie extérieure sans écologie intérieure n’est qu’illusion ».

Par conséquent, un  fonctionnement centré sur soi et sur l’ « avoir »  le mène à reproduire également ces schémas  dans son environnement externe  et dans la société, d’où la nécessité du travail intérieur pour qu’il puisse agir pour son environnement. L’action en soi et sur le monde sont indissociables.

Pour qualifier cette sensibilité  qui vise une reconnexion avec la Terre-Mère, on parle d’Ecosophie.

Cette conscience écosophique, si on l’intègre avec « Amour », peut constituer une nouvelle voie pour l’humanité car elle est une passerelle pour préparer notre ascension future.

Notre destinée dépend de notre relation avec le monde et à quelle place nous nous situons.

La démarche Ecosophique est l’interaction existant entre chaque personne, la communauté dans laquelle et grâce à laquelle elle existe et le lieu où cette personne et cette communauté s’épanouissent.

Cette approche s’impose à l’homme qui a pris conscience de sa place dans l’univers.

Le nouvel esprit du temps est celui d’une lente et profonde conversion d’une vision économique, fondée sur l’intérêt individuel, en une vision écosophique inspirée par une sagesse commune.

Le sociologue Michel Maffesoli[1] la définit ainsi :

« L’écosophie est un nouveau paradigme écologique, un nouvel équilibre entre la matière et l’esprit.

L’écologie et l’écosophie traitent du rapport à la Nature. Mais leur conception de cette nature est différente. L’écologie parle du respect de la nature, de la préservation de la planète et des diverses espèces végétales et animales. Dans l’écosophie, l’homme n’est pas séparé de la nature, il en est un élément. Je parlerais dans un cas de respect de la nature et dans l’autre de communion avec la nature. Nous participons, nous appartenons à une commune nature. 

Je considère qu’il est une «nature des choses» (de natura rerum) et que la prétention à la changer a conduit à cette dévastation du monde naturel et social que nous constatons ».

Au lieu de voir la nature comme extérieure à nous, comme un réservoir de ressources, il faut l’envisager comme un processus de vie dans lequel nous avons un rôle à jouer. C’est donc un autre mode de relation qu’il faut développer.

La conscience humaine est basée sur la division alors que « comprendre », c’est prendre ensemble (cum-prehendere) tous les éléments composant l’objet que l’on entend analyser. On n’est plus, dès lors dans la division mais bien dans une dimension « holistique » : Vision multilatérale qui est on ne peut plus pertinente pour  appréhender l’aspect complexe du réel. Ce n’est pas la facette économique, politique, naturelle ou sociale qui est en jeu, mais bien leur constante et dynamique interaction.

Certaines actions humaines vont  à l’encontre de la marche de la Nature.  La sauvegarde de notre environnement est donc devenue très préoccupante.

On ne peut concevoir de réponse à l’empoisonnement de l’atmosphère et au réchauffement de la planète sans une mutation des mentalités, sans la promotion d’un nouvel art de vivre en société.

L’écologie actuelle, plus particulièrement en France, reste exclusivement dans une posture classique et progressiste et s’est enfermée au fil du temps dans une idéologie visant à transformer le monde, à se projeter dans un monde meilleur pour l’homme sans prendre en compte, et c’est l’essentiel, l’ordre des choses, l’évolution de la planète en interconnexion avec celle de l’humanité.

L’écologie reste ainsi dans la droite ligne du productivisme de la modernité alors que l’écosophie réhabilite une réflexion plus traditionnelle, plus enracinée, plus en phase avec une nouvelle manière de vivre que l’on retrouve chez les personnes sur le chemin spirituel.

On peut dire que la sensibilité écosophique est une forme d’empathie, de passion intense et commune, avec l’espace dans lequel on se situe : individuellement et communautairement.

L’homme est comme un instrument de musique d’un orchestre symphonique qui doit vibrer dans la même tonalité que l’ensemble pour que la musique soit harmonieuse. Chaque instrument à sa propre partition mais il contribue à en ensemble plus vaste que lui.

Etre dans la tonalité de notre environnement, dans cette sensibilité écosophique est la forme authentique d’être là : être, tout simplement, un élément à côté de bien d’autres, constituant la complexité ambivalente de la terre-mère.

L’homme ne se sent pas distinct, voire comme dominant la chose matérielle. Il ne se vit pas, simplement comme être de conscience ou de raison. Mais il se ressent comme participant à la « chose ». Participation mystique, participation magique qui dans les sociétés traditionnelles étaient cause et effet du respect envers l’environnement, minéral, végétal, animal. Respect, aussi, envers les objets, familiers meublant un tel environnement.

Chacun est indispensable à la solide harmonie de l’ensemble. Dans une cosmogénèse en perpétuel devenir, l’homme n’est plus un élément extérieur – élément dominateur- mais par la force des choses, solidaire de ce qui se passe en amont de ses champs. Il est partie intégrante d’un tout le dépassant et l’intégrant. Il s’agit du « retour au réel ».

Se rapprocher du réel, c’est revenir à la source, c’est retrouver la vocation naturelle de l’Homme. Sagesse immémoriale sachant reconnaître, et vivre, secrètement, l’extraordinaire prodigalité de la nature-mère.

La démarche écosophique n’est en aucun cas un retour nostalgique sur le passé  mais une reconnexion à un Réel plus élargi car la Sagesse des anciens nous parlent de vérités universelles touchant la condition humaine. Elle nous offre une occasion unique de recevoir les conseils de nos illustres ancêtres et de prendre conscience que nous pouvons, nous aussi, aspirer à la grandeur qui fera de nous des êtres prêts pour affronter les grands changements qui vont s’imposer à nous.

S’accorder au monde, respecter la nature, aimer cette terre est une manière de s’approcher de Dieu en son étonnante et prodigieuse fécondité.

La Nature est capable à travers la diversité qui la constitue, de nous enseigner, et si nous pouvons l’entendre, c’est prendre le risque d’entendre une autre voix et une autre parole que la notre, et c’est même ériger en principe qu’il faut, pour être sage, courir ce risque.

On est très proches des stoïciens grecs (Ecole d’Athènes) dont la sagesse consistait à s’ajuster au monde et non à le dominer.

Ils recherchaient l’attitude juste : comment trouver l’acte ajusté, c’est-à-dire conforme à la nature, conforme au Logos avec une égalité d’âme, être en accord avec la nécessité naturelle afin de lui faire donner le meilleur d’elle-même et ainsi aboutir à l’Harmonie. Cela constituait une caractéristique essentielle des sociétés équilibrées. En perdant au cours de son évolution ce sens profond, l’humanité à perdue son humanité. En se coupant de ses racines, de ses origines, elle s’est perdue dans les méandres du progrès technologique.

Nous utilisons le mot « Ecosophie » dans le sens où il s’agit pour nous d’être attentif à la présence divine dans la nature, dans le cosmos et dans toutes choses.

Reconnaissance contemplative ou pas, c’est bien une dimension sacrée qui est en jeu dans les manifestations du Réel et qui introduit en soi non seulement de l’émerveillement mais du respect envers toutes réalités.

Cette sensibilité Ecosophique pourrait exprimer ce que les traditions anciennes appellent la sagesse, Sophia, qui révèle une forme d’empathie et de responsabilité vis-à-vis de notre Terre dans tous ses aspects.

C’est une manière sage d’introduire de la conscience afin de s’habituer à toutes ces dimensions dans lesquelles nous habitons, à prendre soin de  cette maison mère, de cette maison ciel et terre qui est un lieu de passage et d’évolution.

 « Nos écritures disent, tout est pénétré de la Conscience Divine. C’est cette Conscience qui maintient le monde avec toutes ses créatures. Pour nous la protection de la Nature signifie donc de vénérer le divin » Mère Amma

Le livre de la Sagesse de Salomon, interprété par Jean Yves Leloup, nous rappelle qu’il est nécessaire de prêter attention à ce que l’on fait et  à ce que l’on dit, pour éviter des conséquences non négligeables sur notre environnement quel qu’il soit.

Nos histoires humaines démontrent sans cesse que si nous ne donnons pas la place au sacré comme cela devrait être, la perversion est de mise et nous entraine dans des désenchantements et des apocalypses intérieures et extérieures.

Il existe une attitude sage pour faire fructifier la vie et cultiver son jardin intérieur et extérieur. La vie nous est donnée ; la nature nous donne ses fruits pour que nous en prenions soin, et non pour la dominer. Notre vie n’est pas séparée de l’environnement car notre corps en fait partie.

St Paul nous dit « nous sommes des co-créateurs ». L’énergie créatrice et la conscience  nous sont données pour que nous les transformions dans du positif et du vivant et non pour détruire. L’ouverture de conscience de l’être humain doit lui permettre d’appréhender les forces du vivant en action. L’homme n’est rien sans soleil, sans terre et sans les énergies qui animent l’univers.

Dans la démarche écosophique,  l’homme n’a pas la prétention de dominer la nature, d’imposer sa force à la création mais de jardiner, de la suivre et de la rendre féconde.   La mission de l’homme ne consiste pas à asservir la Nature, ni de s’en extraire en se pensant au niveau le plus élevé de la chaîne du vivant mais de collaborer avec, de participer avec.

« L’homme est le jardinier de la Création, il doit en « prendre soin », la faire fleurir et fructifier. Il ne s’agit pas de se l’approprier, de prendre le pouvoir sur  elle, de réduire ainsi la terre en territoire, ce qui la transformerait en champ de bataille, puis en champ de ruines et d’ordures. La sagesse c’est d’ordonner le monde, d’y introduire du Logos et c’est par cette participation à l’Intelligence créatrice que l’être humain peut être un co-créateur et faire du ‘chaos’ un ‘cosmos’, de la terre en friches et du terrain vague, un jardin, un pardès, paradis » Jean Yves Leloup (le livre de la contemplation).

Ces transformations ne vont pas se faire en toute simplicité mais elles  nous demandent d’adopter une révolution de la conscience radicale et profonde et de développer une plus grande responsabilité intérieure.

Si nous analysons l’enchainement actuel de l’impact de nos actions ou de nos manques sur nos différents patrimoines environnementaux, il n’est pas difficile de présager le futur de notre humanité. Il semblerait que ce soit le temps de « ré-accueillir » le monde, la matière et d’en faire un mouvement et une synergie d’élévation vers plus de lumière.

Comment réintroduire  le respect de la Terre, de la nature, au centre de nos priorités ?

Quelles sont les valeurs et les gestes de coopération et de compassion  que nous pouvons partager ensemble afin que notre monde soit meilleur ?

Nous ne sommes plus au temps de la réflexion, mais des décisions indispensables et irrévocables à prendre.

L’Ecosophie, devient, alors, un art de vivre cohérent, qui nous apprend à être attentif du lieu de nous-mêmes d’où sont issus nos choix,  nos gestes, nos perceptions, nos priorités et nos valeurs.

L’Ecosophie est aussi  un état de conscience, une éthique de vie qui fait partie intégrante de notre responsabilité et  engagement spirituel pour nous mêmes, pour nos semblables et pour la nature.

Pourtant le mot écologie peut se traduire de différentes façons. Dans son sens étymologique, le mot « écologie » vient du grec « Oikos » qui signifie « maison » et de « Logos » qui veut dire savoir « rationnel ». Dans cette optique, c’est donc la science des relations des espèces vivantes à la biosphère.

Nous avons une connaissance très imparfaite du vaste monde plein de vie dans lequel nous vivons. Nous avons une vision approximative et obsolète de ce qu’est réellement la Nature qui d’un point de vue étymologique vient du latin « natura » qui est issu lui-même de « nascor » « naitre, provenir ».

C’est dans cette approche du réel que l’Ecosophie et la contemplation vont être très importantes et essentielles car elle nous apprennent à découvrir qu’au cœur de cet univers, quelque chose n’appartient pas  à l’ordre du temps.

Prendre soin de la Terre, de l’univers n’a pas pour objectif de les faire durer plus longtemps mais de découvrir de l’éternel dans le temps et d’être libre à l’égard des éléments qui nous constituent.    La beauté   redonne de la joie et de la vie aux choses en reconnaissant la fabuleuse profusion de la nature-mère.

A ce propos, Pierre Rabhi nous dit « Seule la beauté est capable de changer le monde en recréant du lien entre les êtres humains ». Beauté basée sur nos différences de cultures, de terrains, de terroirs. Respecter ces empreintes variées demande d’être dans une attitude de partage et de communion. L’unité abolit la différence et devient une résonance qui uniformise tout.

Dans ce monde d’interactions et d’interrelations, nous devons prendre un temps nécessaire d’attention et de vigilances quotidiennes.

Certes, une telle attitude suppose une intelligence, une sagesse qui entre en relation avec tout ce que la Terre et les  énergies créatrices nous donnent mais aussi une réconciliation intérieure avec cette Source de Vie et d’Amour qui passera par ce lieu de silence, une conscience « vierge et mère »  d’où émerge l’univers.

Dans notre  pratique Ecosophique, il s’agira de retrouver ce cœur intelligent et silencieux, cette relation avec Mère Nature dans toutes ses manifestations, qu’elles soient minérales,

L’approche Ecosophique nous sollicite dans notre nécessité de prendre soin de tous ces aspects, non seulement avec l’intelligence et la raison mais également avec le cœur : réapprendre à rentrer en relation avec tout ce qui vit et respire.

L’écosophie, dans ce cadre, a pour but de nous  apprendre à passer du monde des choses au monde des présences, du monde des objets au monde des relations.  En intégrant consciemment ces différents regards, nous pourrons participer d’une certaine manière au regard créateur qui fait exister toutes choses et retrouver ce lien perdu avec la nature.

Nous sommes ici à l’école de la Terre pour en prendre soin en tant que gardiens responsables car nous sommes citoyens d’un univers en évolution.

Notre travail sur l’Ecosophie consiste à venir en aide aux hommes d’aujourd’hui « pour et par  notre Mère la Terre ». Notre cœur est confiant pour le futur qui « sera ce que nous en ferons ».

 

L’expérience de l’Ecole de Sagesse en Camargue

Une Ecole de Sagesse !

De quoi s’agit-il ?

Depuis les premiers siècles de notre ère, des groupements et des mouvements  se constituèrent et prirent des noms variés selon les époques : « Ecoles de savoir », « Ecole  de Sagesse »,   « Ecoles des Mystères » ou encore « Ecoles gnostiques ». Certaines faisaient référence  aux Mystères Egyptiens qui se réclamaient de la sagesse d’Hermès Trismégiste lié à Thot (scribe du panthéon divin). A Alexandrie et sa célèbre bibliothèque, la sagesse ancienne des égyptiens fit alliance avec la pensée grecque.

Au sein du Judaïsme, existaient également les « Ecoles des Prophètes » ainsi que de petits  groupes ésotériques comme les Esséniens ou les Thérapeutes d’Alexandrie.

L’Ecole de Sagesse qui existe au sein de l’Association « Les Voies de La Connaissance », est implantée sur  cette terre de Camargue, riche d’histoire et de Spiritualité.  Nul n’est besoin de rappeler l’arrivée des Maries de Palestine aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Il faut, également, noter la venue des premiers kabbalistes juifs à Vauvert, anciennement appelé Posquières. Les alchimistes ne sont pas loin car Arles se situe sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle.

L’existence d’une « Ecole de Sagesse »   permet de proposer à ceux qui le souhaitent de se réunir pour tenter de partager ensemble et de vivre en accord, en cohérence,  avec une certaine connaissance secrète des réalités de la vie.

C’est un lieu d’enseignement pluridisciplinaire et holistique. Cette école sans mur, sans religion, sans adhésion, sans appartenance à un dogme quel qu’il soit a pour vocation de rendre accessible la Connaissance transmise par les différentes traditions avec la volonté de les rassembler à cette époque où une nouvelle humanité doit émerger pour choisir son futur.

Bien sur, notre culture occidentale nous amène à des références venues le plus souvent de la cosmologie chrétienne et avec une proximité particulière avec Le Christ, qui était considéré comme un enseigneur par de nombreuses traditions tant son message d’amour était œcuménique. Nous avons  travaillé en profondeur nos racines  et notre histoire chrétienne et en avons fait notre fil d’Ariane dans l’amour, la connaissance et la liberté.

L’homme qui s’engage sur cette voie de connaissance  comprendra le sens de son évolution en lien avec celle de l’univers tout entier. Il  pourra alors,  si telle est sa mission d’être, s’engager pour des causes plus collectives.

Intégrer une école de sagessec’est accepter de se dévoiler, de se désencombrer des vieux mécanismes et identifications à travers l’observation, le  discernement et  la lucidité. C’est une école de l’attention, de l’écoute et de la vigilance de tous ses climats intérieurs.

C’est un mode de vie et  un mode d’être, en imprimant de la joie, de la conscience dans  ses actes,  ses paroles, ses pensées au service de la vérité profonde de la vie qui est amour et dans le cadre d’une sagesse de responsabilité universelle.

« Celui qui acquiert la plus grande connaissance de soi, celui là désespère le plus de lui-même, ayant une vue lucide du néant absolu de la créature, et celui qui désespère de lui-même connaît Celui qui Est » (Jean Yves Leloup).

La connaissance (cum nascere) n’est pas uniquement une  information extérieure mais essentiellement une découverte  ou plutôt une redécouverte  intérieure de Soi à travers le soi, sans les opposer,  pour  permettre à celui qui cherche sa vérité et qui s’engage sur cette quête de l’Unité d’aller à la rencontre de lui-même et  de réaliser sa propre alchimie à travers l’expérience consciente de la sagesse des Mystères.

« Le  commencement de la sagesse, c’est la reconnaissance de nos limites. Le commencement de la sagesse c’est de savoir que nous ne sommes pas sages » Jean Yves Leloup

La sagesse n’est  pas de l’ordre de l’avoir, ni de l’accumulation de toutes sortes de pouvoirs ou savoirs. Elle est au-delà. Le but n’est  pas d’avoir plus, mais d’être plus vivant. Il ne s’agit pas de « savoir plus » mais d’être plus conscient dans ses dimensions intérieures et extérieures.

Le sage n’est pas  celui qui est  séparé de lui-même, entre vie profane et vie spirituelle. Il  expérimente en lui une alliance intérieure   qui passe par une réconciliation avec lui-même et qui, lui insufflera le respect des différences et l’intelligence du cœur. 

Un poète soufi  dit : « Je suis entré en retraite avec mon Bien Aimé, et il y a entre nous un secret plus fin que la brise lorsqu’elle passe. J’étais entre moi et moi-même, séparé de moi par moi-même, et Celui que j’aime vraiment n’a jamais cessé d’être ma Source et mon Esprit ». Il nous faut expérimenter cette simple Présence, cet instant éternel, cette étreinte, une fulgurance qui a valeur d’éternité avec la sensation d’une harmonie totale et inexplicable et d’ouverture au Réel, à la réalité de l’Etre

 

Le sage parvient, alors,  à tenir ensemble tous les aspects de lui-même afin d’en sortir la quintessence, la beauté, le Je Suis, par et  avec le don de l’Esprit. La véritable libération spirituelle demande la libération de l’esprit.

 

Tel est l’objectif de cette Ecole de Sagesse en Camargue et de notre engagement dans l’Ecosophie.

Mais pour développer prioritairement  une telle attention ou école de la compassion  vis-à-vis de la nature, il est essentiel de poser les grandes bases sur lesquelles nous sommes fondées et reliées.  Quelles  sont-elles et comment  procédons-nous ?

L’homme peut parvenir au cours de son évolution  à cette totale indépendance  dans la liberté d’action. Il pourra  alors, choisir entre unir ou désunir, créer ou détruire. C’est en mêlant des sentiments nobles à une connaissance juste et  en œuvrant simplement à la hauteur de son propre savoir et de son pouvoir que s’obtiennent les meilleurs résultats.

Le « bon choix » dépendra essentiellement de deux facteurs : les valeurs humaines et spirituelles qu’il aura acquises  et la recherche de la connaissance  relative aux grandes réalités universelles avec une mise en pratique de manière intelligente. Quant aux « mauvais choix » ils reposent sur une certaine forme d’ignorance de certaines réalités.

La prise de considération et la compréhension de l’acte premier de la création, source pure à laquelle chacun d’entre nous devrait aller s’abreuver en toutes circonstances, reste  le bon exemple qui nous vient « d’En Haut ».

 

Cet archétype du «Point premier»  par excellence, symbolise la manifestation de l’univers qui  nait de la conjonction de deux forces antagonistes. L’unité première s’est scindée en formes opposées. Il faut pouvoir trouver le point d’équilibre en y injectant les proportions adéquates. Cet acte est  pleinement bénéfique puisque c’est de la réunion dans l’unité que nait la création tant invisible que visible.

Puisque cette union profite à la Vie, l’être humain devrait choisir cet exemple premier comme le fer de lance de toute impulsion constructive dans le cadre d’une évolution.

La Terre est une école de la vie. Ainsi, l’apprentissage que tout être humain y accomplit durant son passage, doit l’amener, non seulement, à découvrir mais à rassembler judicieusement les bons éléments qui lui sont proposés. Les œuvres équilibrées prennent de l’expansion dans le temps mais ne subissent pas de dommages.

Pour qu’une création soit positive et se manifeste, une force d’attraction doit se produire entre les différents éléments qui  la composent.

De manière générale, rien n’existe dans ce monde sans son opposé : le jour et la nuit, la lumière et l’ombre, le soleil et la lune, le chaud et le froid, la gauche et la droite, le haut et le bas, etc…

Les évènements de notre vie fonctionnent de la même façon. Ils portent en eux la même part d’opposition, de dualité et nous jugeons et prenons parti inconsciemment pour l’un ou l’autre de ces aspects car un regard intellectuel, rationnel ne peut l’appréhender de manière globale, équilibré.

Bien sûr, il nous appartient de faire la part des choses, de replacer l’ensemble des mouvements sur leur axe, de démêler le bien du faux mais l’essentiel et la réussite dans les épreuves de la vie viendront du positionnement équilibré du milieu.

Finalement, rien dans ce monde n’est ni bon ni mauvais ; la nuit n’a pas moins de qualité que le jour. Ils ne sont que les deux polarités d’une même manifestation. Nos évènements de vies, nos épreuves, petites ou grandes, doivent être observées de la même manière. Quand ils sont appréhendés dans un contexte dépassionné, avec calme et recul, lorsqu’ils sont choisis pour être rassemblés et même valorisés dans et par ce qui nourrit l’opposition, ils permettent à l’homme d’expérimenter profitablement sa vie dans  un contexte sain et équilibré.

Les alchimistes disent : « L’eau et le Feu sont contraire l’un à l’autre ; Heureux si tu peux les unir ».

C’est donc à l’être humain  qu’il revient de rechercher quels sont les éléments qui peuvent s’harmoniser quand on les rassemble tout en appréciant avec discernement  les valeurs qui les caractérisent.

Si l’homme a compris le sens de cette dualité, il saura trouver les conditions optimales contribuant à les marier profitablement. En unissant des éléments opposés qui peuvent s’accorder il  bénéficiera de valeurs nouvelles issues de leur rapprochement.

Depuis bien longtemps, l’humanité fait fausse route et il est grand temps de réagir. Il nous est demandé de sortir de nos limitations dualistes et de nos croyances, souvent dogmatiques ou erronées.  Ces illusions qui nous aveuglent  et donc nous empêchent de sentir ce qui peut être rassemblé, risquent d’amener la création entière à sa perte.

Il appartient à chacun d’entre nous de prendre conscience que c’est uniquement et en toute circonstance la recherche du bien, du beau, de l’équilibre, de la justesse  et du Réel qui donnera de l’éclat  à la vie en développant l’intuition ressentie par la partie la plus noble de l’âme.

Cette quête de l’équilibre par la connaissance spirituelle nous aidera à comprendre que l’évolution n’est pas synonyme de souffrance mais peut être réalisée, et cela est souhaitable, dans la joie. Un être qui vit une grande souffrance est envahi par lui-même  et  ne peut trouver l’amour.

La joie n’est en aucun cas une entrave à la réussite d’une expérience. Bien au contraire,  elle la rend plus saine, plus belle et la valorise si elle  est empreinte d’équilibre. Ce n’est donc pas de la guerre ou de la division que naîtra la paix mais d’une paix intérieure qui rayonnera et se manifestera positivement.

De nombreuses voies s’offrent à l’humanité pour évoluer mais dans notre Ecole de Sagesse, notre but revêt un double aspect : progresser sur son propre chemin évolutif tout en participant à la prospérité de l’œuvre commune, c’est-à-dire la démarche écosophique.

Il existe en effet un sentier étroit et direct qui est si simple et naturel que l’homme ordinaire, qui s’évertue à tout compliquer, l’ignore quand il ne le méprise pas : Son intellect dont le logiciel de fonctionnement, basé sur la division, a intégré la dualité comme une réalité, ne lui sera d’aucun secours pour la recherche de l’équilibre.  Seul un esprit et un cœur purs auront cette capacité de le trouver.

L’humanité reste très perplexe dans le déferlement des désastres qui l’accable et est prête à  se tourner vers ceux qui pourront lui redonner quelques certitudes sur son avenir.

C’est pourquoi, l’école de Sagesse se concentre sur la recherche des vertus qui amènent à la véritable connaissance tout en sachant écarter les faux enseignements et fausses prophéties.

Lorsque l’ignorance, mère de l’erreur,  demeure le seul guide de l’homme, celui-ci ne devra pas s’étonner si à la place de la Source lumineuse de vérité, il n’y rencontre que ténèbres. En persistant dans cette voie, il continuera sa course folle de déambulation dans un dédale de chemins douteux basés sur l’austérité, la souffrance, le fanatisme et la perversité qui le conduisent inévitablement vers une régression fatale.

Tant que la voie de l’équilibre est négligée et omise, il n’adviendra rien d’autre que le désordre et la confusion. Une expérience vécue personnellement qui permet, certes, de connaître plus intimement ses failles ne se suffit pas à elle-même dans l’évolution humaine. Un échec, c’est une épreuve qui a été subie et restée incomprise dans ses causes profondes. Lorsqu’un regard lucide permet de la comprendre, cela devient de l’expérience et l’on en sort plus fort pour continuer le chemin.

La véritable évolution qui passe par une transmutation s’ouvre seulement à celui qui a la capacité de développer une humilité et une sensibilité de l’âme et est donc apte à ressentir les sentiments qui animent ses semblables, la nature et sa vie dans une communion d’amour.

C’est la voie directe, celle que nous appelons le chemin de l’écoute intérieure.

Quiconque  l’emprunte constate que malgré les obstacles qui se présentent sur sa route, la sagesse et l’amour peuvent toujours se substituer à la souffrance, car lorsque que nous comprenons que ce n’est pas l’évènement qui génère la souffrance mais notre regard égotique qui la crée et la nourrit,  alors nous sommes envahis par une bouffée d’oxygène, par une envolée vers la liberté qui porte en elle cette joie du cœur.

Notre passage sur Terre ne consiste pas à une course contre la montre  où il faut coûte que coûte faire le maximum de choses dans l’espace et le  temps qui nous est imparti.

Nous devons faire preuve de sagesse et cultiver ce qui est indispensable à tout apprentissage : la patience.

Prendre le temps de se recentrer sur son intériorité, de se déconnecter un moment du flux incessant des activités et des remous, n’a rien de superflu. Bien au contraire, ces attitudes nous permettent  d’aborder les événements avec plus de sérénité, moins de stress et par conséquent d’être plus productifs.

Lorsque nous ouvrons la porte à un état plus silencieux en nous, un autre mode de fonctionnement peut prendre place, faisant appel à notre sixième sens, nos intuitions et notre clairvoyance, nous permettant ainsi de ressentir notre lien au vivant, à l’harmonie et à la responsabilité qui en résulte et développer une créativité plus efficace dans nos actes.

Finalement, l’homme n’est asservi à cette dimension temporelle que dans son corps physique, mais demeure totalement libre en esprit. Il ne connaît pas de limite et peut transcender la matière au-delà de l’imaginable.

Ainsi, accordons à notre existence l’importance que l’on donne à un cadeau à la fois utile et précieux.  Chaque expérience de vie est une chance qui nous est donnée pour  progresser efficacement, en conscience,  sans précipitation mais  avec détermination. Le temps n’est nullement un ennemi mais l’ami de tous les instants, si nous l’accueillons comme tel.

« Chaque instant de notre vie doit devenir un instant favorable, une occasion de grandir, de faire un pas de plus, un kairos » (Jean Yves Leloup).

Pour saisir cette réalité supérieure et l’appréhender sous un angle nouveau, il est nécessaire d’avoir une approche différente du temps et de l’espace de celle de l’homme ordinaire en expérimentant d’autres niveaux de conscience.

Nous donnons une importance exagérée à cette notion de temps, partie intégrante de notre vie terrestre du fait que nous l’associons implicitement avec la matière. Mais peu à peu, ce lien va se distendre et progressivement se montrer et s’appréhender sous un jour nouveau.

La parcelle d’éternité est un  Présent dans un présent qui se déroule indéfiniment. Elle peut être perçue différemment selon l’état de conscience et le niveau vibratoire de celui qui la vit.

Notre matière physique ne doit pas être déconsidérée du fait qu’elle n’est qu’une forme de lumière densifiée. L’Esprit infini s’exprime à travers différents niveaux de conscience et sous de nombreux états de fluidité. Le monde physique est tout simplement une de ses expressions.

En acceptant en conscience cette réalité, nous nous dégageons forcément d’une forme de division et de séparation. Nous sommes en capacité, alors, de diriger notre vie autrement plus efficacement pour nous-mêmes et de manière bénéfique pour autrui

Cette vérité universelle se reçoit comme un cadeau précieux parce qu’elle favorise la paix de l’âme. Elle devient, alors,  une certitude de l’esprit pour celui qui a appris à la ressentir et il est essentiel d’en faire le témoignage  « de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité » laquelle vérité est l’Etre en soi. Vérité que nous sommes et non la vérité qu’on a, source de dualisme et de division.

A travers leurs expériences intérieures, nos enseignants de l’Ecole de sagesse en Camargue sont des témoins de ce  chemin du cœur vers Soi, vers l’unité intérieure. Ils sont coparticipants à cette « Œuvre collective » du temple du cœur dans l’engagement de l’Ecosophie.

Au cœur de notre Camargue sauvage, les Agoras se font un dimanche, un jour par excellence,  qui peut symboliser cette union spirituelle de communion avec la nature, présage mémoriel d’une espérance de  libération comme celle du peuple de Dieu  dans l’Ancien Testament qui quitte la servitude d’Egypte pour aller  vers la Terre Promise à travers la traversée de la Mer Rouge. De cette libération, Dieu demande à l’homme de s’en souvenir à jamais.  Nous y trouvons toute  l’importance de la mémoire dans la relecture de cette  histoire, celle de Moïse qui oriente le peuple de Dieu vers le but ultime qui donne sens à toute vie.

Tout est question de mesure, d’équilibre, pour porter un sens sacré dans ce monde d’aujourd’hui si peu croyant, certes, mais si sensible à toutes ces questions existentielles  sur le sens de la vie et  sur le devenir de l’homme.

La semence c’est la parole, la terre.

La terre, c’est l’homme.

Mais quel type d’hommes et de femmes sommes-nous ?

Que laisse-t-on émerger en nous ?

Avons-nous des racines ou non ?

Sommes-nous dévorés par les soucis et la névrose du monde ?

Ou bien entendons-nous la Parole  et la comprenons-nous ?

 « Que celui qui a des oreilles entende ! » nous dit l’Apocalypse de Jean. Nous sommes, donc,   invités à regarder, à  écouter et à contempler pour entendre. Tous nos sens intérieurs doivent  être mobilisés pour appréhender la démarche écosophique, véritable œuvre d’art toujours ouverte à de nouvelles interprétations.

La vie est ainsi faite : dans sa vie professionnelle ou affective, l’homme doit faire des choix pour développer ses compétences et fortifier ce qu’il a entrepris pour avancer sur le chemin qu’il s’est tracé. Il  en va de même pour la vie spirituelle !

Quelle aura été la valeur de nos choix et de nos actes ? A quelle finalité auront-ils contribués ?

Au dernier jour de notre vie, il y aura bien une dissociation qui sera fondée sur notre propre discernement antérieur :

Aurons-nous su accueillir la Parole  ou bien aurons-nous, dans notre champ intérieur, laissé se développer l’ivraie au point qu’elle ait réussi à étouffer le bon grain ?

La graine de moutarde aura-t-elle trouvé un espace suffisant pour croître ?

Le levain aura-t-il pu agir dans la pâte ?

Notre véritable identité est tissée de nos actes accomplis. Quotidiennement, par la Grâce, nous recevons des dons que nous avons à fructifier. « Aller à ma vigne », nous enseigne Jésus à travers ses paraboles. Le divin s’est toujours préoccupé de sa vigne.

La vigne c’est le monde.

Le Maître de la vigne, c’est Dieu

Les vendangeurs ou les ouvriers, c’est nous, l’humanité.

Cet appel de Dieu traverse les siècles et les continents. Le grand Abraham et Moïse se sont levés pour être les intendants.  Puis des ouvriers, des docteurs de la loi en ont fait de même ; et puis les prophètes…

Quand Dieu dit à Abraham, « va vers toi-même, Lekh Lekha », il ne lui demande pas de venir vers Lui, mais d’aller vers l’inconnu, au-delà de ses limites afin de découvrir ce Soi transcendant ou  l’Etre qui nous fait être, l’Etre essentiel.

Le Fils de Dieu est venu puis les apôtres. L’appel divin a travaillé cette vigne et aujourd’hui, leurs successeurs,  ce sont  tous les hommes et femmes de bonne volonté et de foi.

La foi n’est pas plus inscrite dans un livre, qu’elle ne germe spontanément dans le cœur de l’homme. Elle jaillit de l’étincelle provoquée par la rencontre entre une parole et un cœur purifié au cours d’un travail intérieur.

 

Ainsi, ce don de la foi nous ouvre l’accès à la compréhension de l’amour de la nature.  C’est cet aspect essentiel que nous tentons d’incarner   plus particulièrement dans notre région, la Camargue à travers l’école de Sagesse.

Nous avons, donc,  choisi  d’y développer « l’Ecosophie » sans pour autant la rendre exclusive. Elle constitue une voie complémentaire pour une plus grande prise de conscience de qui nous sommes.

Tous les hommes sont différents, par leurs qualités ou leurs défauts, mais en chacun d’eux, prédomine une vertu particulière qui demande à être développée.

Au cœur de cette Ecole de sagesse, les uns et les autres doivent s’efforcer d’échanger le fruit de leurs recherches et  leur travail pour ainsi garder le bien commun, la connaissance, tout en gardant les regards fixés sur Celui qui est l’initiateur de l’amour et de la foi menés à son accomplissement.

Cette réalité d’expérience vécue,  nous devons la porter car elle est la source de transformation réelle, d’alliance et de partenariat les uns avec les autres.  La source Christique désaltère à jamais, elle contient l’amour jaillissant pour le monde entier : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ».

L’eau vive de l’Etre fait entrer dans une jouissance qui est celle du véritable Amour. Cette réalité là, bienheureuse, entre toutes est celle d’une Présence qui se situe au-delà d’une perception ordinaire venant sans cesse à nous dans un dévoilement infini qui respecte amoureusement notre liberté.

Et c’est dans ce dévoilement même que jaillit l’action. Elle alimente  notre expérience humaine dans toute son épaisseur de chair par une action incarnée qui nous donne, non seulement,  accès aux secrets de notre identité, à la vérité de ce que nous sommes, mais aussi à une communion et un acte d’amour  pour la nature,  qui se livre dans la confiance jusqu’à l’extrême, sans se retenir, ni s’imposer.

Cet acte de relation  intime  résonne au-delà du pensable. La nature n’est pas qu’un décor exotique. C’est un monde vivant, intelligent, peuplés d’animaux, de plantes, qui doivent nous  inciter à repenser notre rapport au vivant.

Au plus quotidien de nos existences, de cette matière si proche et si belle, la Camargue devient notre guide et notre inspiratrice.  Elle  nous parle, nous accompagne sur ce chemin de découvertes et de joie à travers nos promenades. Elle nous aide à cultiver l’agrément à ce don dans un partage fraternel. Ainsi advient en nous une cohérence et une cohésion où le nouveau ne s’oppose plus à l’ancien mais l’accomplit.

La nouvelle approche avec la nature ne s’oppose pas avec les anciens comportements mais s’ouvre à plus grand. Si actuellement, nous récoltons ce qui fut semé au temps jadis, ne perdons jamais de vue que ce sont nos enfants qui recevrons ou subiront ce que nous aurons implanté actuellement dans les temps présents. Soyons conscients de cette immense responsabilité envers notre descendance proche ou très lointaine.

C’est aussi pour cette raison que notre démarche écosophique  se vit dans une conscience de l’amour en devenant les « serviteurs » du divin ou de l’Oeuvre au cœur même d’une intimité ou d’une relation. Cela s’exprime lors de nos Agoras par des jeux de miroirs et de questionnements sur nos environnements intérieurs et extérieurs.

Chacun d’entre nous sommes invités à créer cette alliance d’équilibre intérieur, source d’un nouvel enfantement personnel afin que nos actions et nos paroles soient issues de cette grande force d’amour, ce puissant liant de tout ce qui vibre à l’unisson avec elle et ouvre l’espoir de sauver la Terre et ses hôtes.

Mais combien d’êtres humains sur cette planète peuvent  faire grandir harmonieusement cet amour en eux pour que la paix et la joie se répandent autour de nous ?

Ce défi  est du domaine du possible et nous sommes tous invités à l’expérimenter. Nous pouvons, aussi,  vivre une relation tout autre avec  la Nature afin d’impacter différemment la trame de nos vies. C’est pour cette raison que nous pensons que l’Ecosophie est une nouvelle voie pour l’humanité car elle possède la capacité de transformer le négatif en positif par l’Amour

Certes, la vie est un long combat intérieur. La bataille que l’humanité doit mener dans le monde de la matière se joue à deux niveaux indissociables : celui de  la conscience, de l’esprit et du cœur pour y trouver l’équilibre qui une fois installé rayonnera sur le plan matériel.

Il ne s’agit pas de « faire l’autruche » sur les erreurs commises mais d’y en retirer une leçon profitable pour le futur  et de cesser indéfiniment de blâmer un fauteur ou un responsable. La jalousie, la haine, la rancœur n’ont jamais amené du positif si ce n’est de rendre l’esprit imperméable à une vérité et à un changement de conscience et de paradigme. L’apport de sentiments négatifs à un problème constitue toujours un frein  pour  la recherche d’une solution favorable.

En raison  de la loi de cause à effet, de graves catastrophes vont continuer de s’abattre sur la Terre si les hommes persistent dans la voie actuelle. Il nous semble utile ici de préciser qu’une prémonition de cet ordre n’est pas une fatalité inéluctable mais la probabilité qu’un événement survienne si les choses continuent de suivre leur cours dans l’ignorance.

C’est juste un  avertissement pour prendre conscience qu’il est temps, maintenant, que notre comportement change et contrecarre la menace qui nous guette.

Actuellement la situation bien qu’alarmante n’est  pas désespérée.  Le temps presse pour que le  monde dans sa majorité sorte de la négativité pour annuler le vaste champ de vibration nocive qui imprègne notre Terre.

Trier le bon grain de l’ivraie n’est pas si difficile à faire dés qu’on a appris à les différencier. La conscience, la lucidité, l’implication et la responsabilité en sont les bases.

La Bible nous dit : « On reconnaît un arbre à ses fruits ».

Le meilleur moyen de s’en faire une idée est d’y goûter, sans préjugé mais  sur le même arbre, d’autres fruits différents  peuvent être cueillis symbolisant divers degrés d’un même enseignement.  Et dans ce même verger, d’autres arbres de la même famille poussent et chacun dans son déploiement crée le paysage complet.

Tel est notre message et nos fondements. Notre Ecole de Sagesse travaille avec des enseignants ouverts à cette compréhension alchimique de l’amour : « Il est mort l’accusateur de mes frères ».

Ils évoluent chacun dans leur spécificité mais dans une pluralité de colorations au parfum unique de l’Amour universel.  Nous sommes ouverts à toutes les voies qui ont pour mission d’incarner  cette dimension dans l’unité et la non-dualité.

Georges Lahy nous dit « il faut toujours se souvenir qu’un sage qui se réveille favorise l’éveil de milliers de justes car le grand fil a été réparé en un endroit… Dans ce grand drame cosmique, chacun doit prendre ses responsabilités, en sachant qu’en se nuisant à soi-même, on nuit aux autres ».

Si le savoir acquis dans le domaine de l’écologie s’allie à la connaissance du monde spirituel, le résultat n’en est que plus favorable et positif.

De tous temps, un savoir mal interprété a divisé les hommes et a crée des polémiques, des troubles, de la confusion et de l’incohérence.

Bien que la vérité est Une, elle est révélée à différents niveaux et sous de nombreuses formes allant des plus classiques au plus inattendues mais elle demande et nécessite une certaine ouverture du cœur. Aucune ne doit être rejetée dés lors qu’elle va dans le bon sens mais elle ne doit être confondue avec les « petites vérités » personnelles, propres à chacun dans son monde d’illusion.

Aujourd’hui, l’enseignement ancestral n’est plus caché au commun des mortels, l’information  circule.

Cependant, chacun d’entre nous l’appréhendera en fonction de son niveau de conscience, de lucidité et de discernement. Aucune ligne de conduite n’est dictée et aucune effraction sur notre libre arbitre n’est réalisé mais soyons conscients du danger réel  qui guette notre planète.

Les avertissements et les conseils sont souvent difficiles à entendre et à appréhender : la facilité,  le laxisme sont principalement les maîtres auxquels de nombreuses personnes se soumettent

« Connaitre ou souffrir, telle est la loi » dit l’initié

Ne serait-il pas souhaitable d’apprendre plutôt par la sagesse que par la souffrance ?

De grands changements sont entrain de se produire sur notre Terre. De nouvelles énergies « artificielles » se répandent actuellement et ont commencé leurs œuvres gigantesques.

En effet, l’évolution est permanente mais aujourd’hui, elle est amorce un virage important.  Les directions qui sont en passe d’êtres prises par l’humanité pourraient changer radicalement sa trajectoire et son destin. Bien que l’homme doit s’adapter à toute nouvelle évolution, le fera-t-il de manière intelligente afin d’en tirer le meilleur ?

La grande erreur des hommes est de croire qu’ils sont maîtres de leur planète et d’eux mêmes. Et pourtant, l’être humain est une entité complexe formé de trois aspects : un corps, une âme et un esprit. Il se métamorphose et se perfectionne sans cesse et obéit souvent à sa propre logique ; son profit  est totalement ignorant des lois universelles.

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Il est donc de la plus haute importance pour l’homme de bien se connaître afin de travailler correctement à tous les différents  niveaux pour qu’il ne soit pas  déstabilisé et qu’il ne se porte pas tort à lui-même.

L’évolution au sens large du terme suit une voie ascensionnelle qu’il faut franchir successivement comme on gravit une à une  les marches d’une échelle.  Aucun niveau ne doit être sauté ou négligé car les progrès accomplis à chaque stade préparent  l’accès au suivant, servant en quelque sorte de tremplin.

Le corps physique est l’outil au moyen duquel l’esprit progresse sur le chemin évolutif. Etant constitué de matière dense, il représente cependant une gangue pour l’esprit qui l’anime.

Pour affiner ce corps physique, il faut que son propriétaire le considère comme un ami, l’aimer pour ce qu’il est,  un instrument précieux, un véhicule pour l’âme dont il doit prendre soin pour le construire progressivement et assidument afin qu’il lui permette d’accomplir  des fonctions de plus en plus nobles et élevées.

Cependant, l’esprit ne peut se servir directement de la forme physique sans le tranchement des corps subtils et centres d’énergie qui tiennent lieu de filtres, de transformateurs pour préserver la matière des dommages dû à une trop grande différence de vibration.

Chaque être est différent et l’âme correspond à un rayon qui la gouverne « amour, sagesse, volonté, dévotion, etc… ». Son développement spirituel doit s’opérer progressivement, naturellement, sans court circuit et au moyen de pratiques saines et naturelles qui ne déstabilisent ni le corps, ni le mental.

Certains ont utilisé certaines substances pour accélérer le processus « d’éveil » à d’autres réalités comme l’Ayahuasca, breuvage naturel issu de l’association de diverses plantes que l’on ne trouve que dans la jungle en Amérique du Sud. A l’origine, cette plante, consommée dans le cadre de cérémonies par les indigènes depuis des millénaires, permet d’échanger avec les esprits, d’élever l’état de conscience, de soigner les maux de l’âme voire même des maladies importantes.

Ces  « intermédiaires chimiques » peuvent  conduire à la folie, voire au suicide car l’esprit reste  encombré ou prisonnier de concepts confus. Dans tous les cas,  l’intellect gardera sa souveraineté et ses problématiques.

Par contre, celui qui usera d’un discernement et qui  saura découvrir  la voie royale de la juste mesure,  pourra accueillir les plus beaux fruits offerts par le ciel et la terre.

L’homme est comparable à une plante : comme elle,  il ne peut vivre sans racine et sans lumière.  Ses racines spirituelles à l’instar de la planète sont attirées par la lumière spirituelle comme un aimant mais si celui-ci se trouve  trop éloigné de l’objet qu’il doit aspirer, cette force d’attraction restera inopérante.

Parallèlement une personne qui renie ou simplement qui veut ignorer son monde d’Origine, celui de l’Esprit se « perd dans la nuit noire de l’âme » et erre dangereusement dans un sentiment de désolation spirituelle  sur Terre sans aucun but, ni motivation hormis celle de ses  préoccupations matérielles.

« Un oiseau dont les ailes sont coupées ne lui permettent pas d’échapper à son prédateur »  Cependant, bien qu’un être humain puisse avoir été fragilisé par la vie, il a toujours la possibilité de changer son destin. En œuvrant pour une cause collective il lui sera donné, non seulement, la possibilité de se révéler mais aussi d’en sortir plus fort intérieurement.

La quintessence du bien et du beau, immanente au monde divin est présente dans notre nature sauvage de notre Camargue et dans  l’état latent de  toute création.   Notre implication dans l’Ecosophie souligne la recherche de cette subtilité. Ainsi,  dans un avenir encore lointain, peut être  aurons nous participé à l’union  des dimensions du bas et du haut.

Mais dans tous les cas, nous aurons tenté de vivre  cette nouvelle approche de relation au monde à travers  l’Ecole de Sagesse de Camargue qui développe une  expérience pilote autour de l’Ecosophie et des Agoras qui sont ouvertes à tous.

A propos des Agoras, les philosophes grecs pensaient que c’était le lieu d’exercice de confrontation des enjeux individuels et collectifs, de la subjectivité et de l’objectivité.

Toutefois, cet art politique de démocratie directe a peu à peu laissé la place à une démocratie représentative où l’être humain à hypothéqué son pouvoir d’expression.

La société s’est divisé entre ceux qui savaient et les autres qui subissaient les idéologies dominantes. L’intérêt de certains pour la marche du monde a peu à peu disparu et nous nous sommes englués dans une forme de « Tour de Babel » où chacun parle son langage sans se comprendre.

La nécessité du retour à des espaces de concertation et de discussion dans un esprit de fraternité et de « vivre ensemble » s’est imposé à nous car chacun porte un regard différent sur le monde qui l’entoure et cela constitue une richesse inestimable.

Ainsi, pour nous, l’Agora est un espace de partage entre citoyens permettant la confrontation de notre « paradis intérieur » avec celui de notre entourage afin de développer un nouvel art de vivre conciliant amour de toutes formes de vie, bonheur individuel et bonheur collectif.

Ce projet n’a pas de caractère politique ou partisan ; il s’intègre simplement dans l’évolution holistique de notre humanité. Il contribue à sortir les personnes de leur isolement afin qu’elles commencent à s’ouvrir et à se préoccuper de leur sort mutuel.

Les membres de cette association en camargue, collaborent ensembles pour le bien de tous et chacun y trouve plus facilement sa place.

Cette coparticipation permet de découvrir ce que signifie être responsable et être respectueux de notre humanité pour l’aider à s’élever et qu’ensemble nous puissions progresser à devenir plus humains.

Nous possédons l’énergie nécessaire pour réaliser des actions qui nous donnent un sentiment que nos actions peuvent avoir un réel impact sur l’évolution des évènements et le sentiment de vivre fraternellement une communion avec notre terroir camarguais.

Nous savons que la tâche est difficile, mais nous savons aussi que nous pouvons compter les uns sur les autres dans un esprit de fraternité.

Notre force tient de notre capacité à nous remettre en question. Par notre travail intérieur, nous nous relions à la Source de notre origine car rien dans l’existence ne comblera jamais  les attentes inépuisables de l’humanité.

Eclairée par notre âme, cette association peut devenir source d’énergie créatrice et nous conduire sur de nouveaux chemins, nous mener vers de nouveaux accomplissements, nous pousser à chercher la justice et la vérité dans nos actions.

Les Agoras de l’Ecole de Sagesse de Camargue ont, donc,  pour objectif  essentiel de favoriser cette approche ou réconciliation  du lien entre l’Esprit et la matière comme nous l’indique le Nouveau Testament « l’Esprit crée la matière, et la matière crée l’Esprit ».

Elles concernent chacun d’entre nous pour peu que nous nous sentions interpellés pour coopérer ensemble dans le but de trouver les solutions les plus naturelles et les plus adéquates, dans un équilibre matière-esprit,  face aux problèmes environnementaux actuels, que ce soit localement dans notre région camarguaise ou dans un contexte plus large.

Les Agoras ont également pour but de rassembler ceux et celles qui contribuent à cette mutation intérieure en lien avec la mutation extérieure.

En se libérant des approches mécanistes et matérielles, nous favorisons le dépassement de la séparation dont beaucoup de personnes font l’expérience entre corps et esprit, émotion et rationalité, êtres humains et nature. Il est essentiel de revenir à une vision plus réaliste de l’amour universel car nous sommes tous engagés sur le même bateau.

Alors, comment expérimentons-nous ces fondements et  cet engagement spirituel ?  Quelles sont le genre de réflexions que nous y menons ?

L’écosophie, exprime une forme de sagesse (sophia) de la maison,  « Oikos » le lieu d’une grande famille élargie, d’un « domaine » et d’une communauté. Ce lieu   fait lien et l’homme se ressent comme participant et coopérant.

Dans ce cadre là,  chemin spirituel et écologie sacrée   s’interpénètrent et se complètent pour retrouver l’équilibre, le respect, l’harmonie et la beauté du vivant sous toutes ses formes y compris cosmique (univers…influences lunaires, solaires, ….) Le changement de conscience de l’humanité et son évolution future ainsi que celle de notre planète, naîtront de l’évolution ou de la révolution de conscience de chacun d’entre nous.

Pour nous, la voie spirituelle est de prendre part à ce qui se joue. Nous sommes convaincus que tout peut changer. Nous avons cette conviction que l’amour est le seul moyen d’avancer. Seule la partie du moi qui ne s’ouvre pas est l’obstacle réel qui empêche l’ouverture et le changement.

Le cœur aimant et  l’esprit fort, l’homme nouveau atteindra-t-il sans encombre la lumière qu’il cherche dans une communion avec notre Mère la Terre ?

A travers l’Ecosophie, nous nous ouvrons à un collectif uni pour nous  relier au monde spirituel et  pour y puiser la lumière indispensable à notre évolution.

Régulièrement, nous nous retrouvons avec des hommes et des femmes soucieux du devenir de la planète et autour d’un sujet ciblé en lien avec nos approches intérieures et extérieures  ou au cours de promenades, nous expérimentons nos rapports directs avec la Nature.

L’Agora devient, aussi, un lieu où les savoirs traditionnels peuvent être utilisés de manière plus intense afin d’améliorer la qualité de nos choix.

L’expérience de l’Ecole de Sagesse  de Camargue rentre au cœur du vivant, de ce lieu bien implanté dans cette place de Camargue. La liberté est notre force intérieure. L’amour est le respect de tout être humain quel qu’il soit, c’est notre adage.

On peut avoir des idées différentes, des opinions « politiques » opposées mais aimer la même chose, la nature « notre Mère la Terre ». Chacun à sa façon peut apprendre à la respecter et s’unir à elle pour la protéger.

Cet esprit de rencontre et d’échange se propage bien au-delà de l’école. Il existe un café qui se trouve sur ce Mas à Villeneuve. Certains jours, l’établissement est témoin de moments de débats et d’échanges très intéressants : tels ces agriculteurs, garde-chasse, vignerons qui regardent tous le même soleil et ne demandent qu’à s’unir pour protéger cette nature qui leur est chère et qu’il protège chacun à leur façon. Nos Agoras commencent avec eux dans le « partage des idées ».

Il n’est pas rare de voir s’arrêter des promeneurs venus là « par hasard » et repartant en remerciant le cafetier d’avoir pu vivre une expérience riche à travers les discussions et l’énergie de ce lieux.

La véritable spiritualité doit être incarnée dans notre relation au monde à tous les niveaux. Les grands changements sont là  et la sagesse ne doit plus être seulement cultivée dans les temples.

Lors de certaines Agoras déjà mises en place au sein de l’Ecole de Sagesse de Camargue, nous nous sommes interrogés en conscience sur notre mode de fonctionnement interne. Quels sont nos différents et multiples  conditionnements à travers le poids éducatif, sociologique,  qui lui-même est un  frein au changement et au progrès ? Notre mental psychologique avec ses projections égotiques  est également  un paramètre non négligeable qui agit  sur notre imagination  et notre  créativité.

A partir d’aspects très concrets, nous nous sommes, également, questionnés sur le patrimoine individuel associé au patrimoine universel.

Il est essentiel d’avoir une prise de conscience de nos projections sur le monde externe notamment sur notre patrimoine naturel (ex : le Parc de la Camargue) et notre patrimoine anthropique (ex : l’agriculture camarguaise) sans toutefois oublier les aléas naturels (inondations), anthropiques (les pollutions).

Cette quête intérieure nous a amené d’une part sur une  prise de conscience de notre responsabilité individuelle et collective  dans nos gestes quotidiens (ex économies d’énergie) et d’autre part, dans le partage de nos connaissances, de nos savoir-faire et de nos savoir-être pour le bien de tous, sans exclusion.

Au sein des agoras,  nous avons entamé  un travail sur deux grands  thèmes : « comment habitons-nous la Terre et comment elle nous habite ? »

Le  monde extérieur que nous, êtres humains,  façonnons et impactons est largement le reflet de nos mondes intérieurs qu’ils soient faits de besoins légitimes  (nourriture, protection, liens sociaux, de désirs, de beauté, de surpassement) mais aussi d’aspiration au bonheur et de manques à combler, de désirs de  destruction, d’asservissement, de peurs, de violences et  de mal être.

Par un jeu de miroirs-reflets et d’aller retour,  nous avons tenté d’apporter une attention particulière en toute lucidité,  sans jugement, sans  notion  de bien et de mal sur nos paramètres personnels constituant nos terres intérieures et extérieures.

Dans un premier temps, l’analyse fut basée sur les  projections que nous portons sur le monde extérieur : Est-ce que le monde que nous voyons correspond à nos projections ? Ou  est-ce que c’est nous-mêmes qui projetons ce monde ou pas ?  Et quelles en sont les raisons ?

Ces premières questions nous ont amené à réfléchir, d’une part,  sur la réalité de notre  responsabilité vis-à-vis de cette terre extérieure, et d’autre  part sur la signification de l’interdépendance et  de ses freins éventuels.   Aucune chose n’existe en elle-même, pour elle-même et par elle-même, tout est né d’une intention unique et d’un même souffle.

L’énergie n’est pas locale sur un endroit précis ; tout est interconnecté avec les mêmes exigences. La physique quantique parle d’intrication et  de champs morphogénétiques.

Pour les personnes se sentant concernées par cette approche d’inter-reliance, il s’agissait de se demander quelle était notre manière d’appréhender cet aspect dans l’écoute et dans l’accueil des différents niveaux de  manifestations au cœur de la nature sans oublier de nommer quelles pouvaient être les différentes violations des lois de la nature et leurs conséquences. Finalement, face à ces risques importants, le défi posé était : Qu’est  ce qui peut sauver ce monde ?

Dans une deuxième partie, nous avons abordé le thème sous un angle  plus intérieur à savoir, comment la terre nous habite, en proposant quatre aspects principaux de nos terres intérieures : terre physique-corps, terre psychologique et émotionnelle, terre intellectuelle-mentale et  terre du cœur-terre spirituelle.

L’approche fut basée principalement, sur des questions d’appréhension, de constatation de « l’état » de nos terroirs intimes. Nous ne pourrons pas respecter une terre extérieure si nous ne nous interrogeons pas sur le rapport et le respect que nous entretenons avec nous-mêmes.

Il s’agissait d’observer nos postures, nos besoins, nos assises, nos demandes du point de vue du corps ou terre  physique mais aussi de prendre conscience du poids d’une émotion sans jugement ou négation. Quelquefois des paroles excessives, des actions violentes et des agissements inappropriés peuvent causer des répercussions graves.

Une alchimie spirituelle qui connaît bien les lois du monde émotionnel et des lieux d’où sont issues ces réactions, permettrait d’opter pour une forme d’attitude plus adéquate et responsable.

Nous avons constaté qu’une voie de l’équilibre est donc  nécessaire pour ne pas se couper de toute affectivité du cœur et de l’intuition. Un intellect trop rationnel, raisonneur et logique  pourrait donner lieu à un monde technologique aliénant tel qu’il nous guette actuellement.

Enfin, l’aspect terre spirituelle ou terre du cœur nécessitera un « labourage » de cette terre intérieure  en s’interrogeant sur quelle est notre intention profonde et  notre centre d’intérêt ?

Après avoir développé  une vue d’ensemble sur ces différents domaines de nos  terres intimes, il était essentiel de s’interroger sur le genre de terre que nous sommes (rocailleuse, sèche, ouverte, indifférente, restrictive, rassurante, émotive) et quelles sont les  relations que  nous entretenons avec elle.

Sommes- nous dans le respect à son égard ?

Prenons-nous en soin en tenant compte de ses besoins, de ses demandes, de ses cris ?

Avec quoi nourrissons-nous notre terre ?

Une terre bien  nourrie ou un sol riche et en bonne santé  devient productif, abondant,  rayonnant et suppose une activité biologique intense et diversifiée  tant minérale que végétale et animale.

En appliquant cette logique de l’écologie, une terre fertile intérieure qui est respectée, honorée  par du dynamisme, de la joie et  du vivant produira aussi des fruits et rayonnera de ses potentiels optimaux, tels que les aptitudes physiques, créatrices, intellectuelles et spirituelles.

Toutefois, il aura été nécessaire préalablement de se délester de quelques vieux mécanismes pesants et sclérosants, de poser un regard clair et discernant sur les attitudes réflexes dictées par un milieu social, éducatif, politique, culturel et nos pensées polluantes, croyances de toutes sortes qui nous ramènent, parfois, dans une forme d’inertie.

Ces terres intérieures sont aussi reliées aux autres éléments de la nature, l’eau, l’air et le feu qui composent toutes choses.

Alors, notre terre ne manque-t-elle pas de terre ?

Quels sont nos fondements, nos assises, nos bases ?

Notre terre ne manque-t-elle pas de ciel ?

Suis-je suffisamment ouvert à l’espace, au souffle ?

Notre terre ne manque-t-elle pas d’eau ?

Notre terre ne manque-t-elle pas d’air ?

Suis-je dans la légèreté ou l’essoufflement ?

Notre terre ne manque-t-elle pas de feu ?

Notre ciel ne manque-t-il pas de racines ?

Sommes-nous dans l’écoute et la réceptivité de toutes ces dimensions ou quels en sont les obstacles ?

Si nous observons un arbre, ce symbole ancestral incarne une forme de sagesse et nous remarquons qu’il plante ses racines dans la terre en s’ouvrant vers la lumière.  St Louis rendait la justice sous un arbre. Le Bouddha atteint l’éveil au pied d’un figuier. Newton conçut l’attraction universelle à l’ombre d’un pommier.

Les  sociétés qui jalonnent notre histoire humaine construisent à chaque époque un rapport différent entre le monde matériel et le monde de l’esprit avec des règles différentes et pourtant nous sommes issus du même principe.

Si l’homme fuit sa responsabilité et qu’il désavoue l’esprit qui le fonde, inévitablement il s’éloignera de sa propre nature et deviendra incapable de communiquer avec quoi que ce soit. Il continuera son errance dans la non-compréhension de son passage terrestre.

Les agoras suivantes nous ont amené à poursuivre notre cheminement à travers les cinq éléments qui sont au cœur de la nature environnante et de notre propre nature intérieure : Terre, Eau, Air, Feu, et Ether, de manière à ce que nous puissions appréhender quels en  étaient leurs intrications et implications.

L’agora s’est prolongée dans la nature où nous sommes allés expérimenter le  fruit de nos échanges au cœur de la réserve de Camargue, accompagnés par les vols de flamands.

Pourquoi un tel sujet ?

L’être humain devient créateur d’harmonie quand ses dimensions spirituelles et matérielles se rencontrent en lui et s’accordent dans une cohérence pacifiée et respectueuse  d’une résille intérieure et extérieure.

Ces éléments constituent la base de tout ce qui existe de part l’univers et participe à l’équilibre général. La terre, l’eau, l’air, le Feu, comme le soleil,  permettent de fournir des éléments indispensables à toute croissance physique et spirituelle.

Dans l’alchimie spirituelle qui est la nôtre, chaque élément à ses correspondances :

  • la Terre est associée au corps physique, élément matériel, solide, froid, dur.
  • L’eau correspond à l’âme, élément fluide humide associée aux émotions.
  • L’air est associé au corps mental, aérien et évanescent.
  • Le Feu renvoit à l’Esprit, élément immatériel, sec, chaud.

Tous ces éléments s’interpénètrent aussi bien en nous que dans le fonctionnement de la nature et  la synthèse est symbolisée par  le Sceau de Salomon, qui symbolise l’harmonie, l’équilibre.

Tout est ordonné en allant du plus épais, la Terre, au plus subtil (le Feu).

Au-dessus des quatre éléments traditionnels,  se trouve le 5ième élément, l’Ether, centre de l’être humain, point d’équilibre de toute réalité humaine. Il est aussi appelé Quintessence  qui crée la conjonction de l’ouverture  vers la dimension de l’Amour.

Nous avons abordé dans un premier temps sous forme de question et d’échanges, comment nous percevions ces éléments extérieurs  et quels en étaient leurs composantes afin de pouvoir appréhender les conséquences de l’intervention humaine dans ces différents aspects.

Puis dans un deuxième temps, nous les avons appréhendés dans une approche plus  intérieure au sein de notre terreau intime, tout en préservant l’effet miroir avec la terre extérieure.

Poursuivant le travail entrepris lors des précédentes agoras, nous avons élargi notre champ d’observation afin de nous interroger sur d’autres aspects. En prenant comme référence de base, la terre,  dans ce qu’elle manifeste de ses versants ombre et soleil, nous nous sommes demandés si nous étions également capables de tenir ces opposés ensemble en  nous, si nous avions la stabilité intérieure nécessaire pour résister aux différents climats  qui balayent  nos expériences et aléas de vie et quels en étaient les impacts sur notre monde relationnel et finalement, quels étaient les obstacles d’une non-réceptivité.

Puis nous avons abordé l’élément Eau : dans la tradition alchimique, elle est liée  aux flux de la nature  émotive qui est bien souvent bridée par notre culture, nos croyances, notre éducation, qui bien souvent nous submergent, nous chevauchent et nous créent des réalités chaotiques.  Il ne s’agit pas de  nier les émotions, de les occulter, mais d’en devenir maître, sujet.

L’eau qui est un miracle permanent et constitue la réserve de la mémoire,  est dépositaire des secrets du passé et des tourbillons de la création, présidant à tous les instants de la vie.

Les traditions parlent d’eaux Primordiales qu’illustre le fluide vital de la Terre, le  Substrat dans lequel naît toute vie, placenta de la Mer ou de la Mère.

La plus grande pollution de la planète ne serait-elle pas psychique ?

Nous nous sommes donc interrogés sur la nature de nos émotions,  sur le rapport d’identification que nous entretenons avec elles et de quels lieux elles partent afin de trouver les moyens de mieux  les   gérer et les réguler.

En observant le cycle de l’eau,  nous y avons trouvé de nombreuses similitudes de nos propres parcours terrestres mais toutefois sans cette légèreté, renouvellement et impermanence que cet élément manifeste.

A travers l’élément Air, qui est à la fois l’expression de la vie consciente, inconsciente, palpable et impalpable, et également un instrument de la communication, nous nous sommes demandé quel était la qualité de notre souffle dans nos terres intérieures et  de son impact dans nos émotions.


Que signifie « respirer mieux ? »

Il est troublant de constater que Yeshoua, qui provient de la racine « Yeshé » indique « respirer au large » !

 

En étant plus léger, moins encombré de parasites émotionnels, il est évident que le chemin s’ouvre vers plus d’écoute,  vers plus « d’être » et moins d’avoir et de vouloir….

Notre questionnement s’est poursuivi dans notre intériorité :

Savons-nous nous accorder au souffle de l’autre ?

Savons-nous respecter l’air de l’autre, l’espace dont il a besoin ?

Enfin, nous avons abordé l’Elément Feu qui est  cette puissante énergie qui a permis l’émergence de notre univers ; rien n’aurait pu se faire sans lui.

Le Feu peut être voluptueux et fascinant dans une cheminée mais destructeur au cours d’un incendie ; Il est doux comme la flamme d’une bougie mais impétueux comme le volcan.

La nature du feu est double :

  • soit il se manifeste comme chaleur et nous vivifie
  • soit il agit comme lumière et symbolise la manifestation visuelle du monde, la nature spirituelle de la lumière.

On sent la chaleur et on voit la lumière. La chaleur est la manifestation de l’âme et la lumière, la manifestation de l’esprit.

 

Que représente t-il en alchimie intérieure ?

Que  peut-il produire ou manifester extérieurement ?

Que signifie Etre Feu dans l’élément Terre, dans l’élément Eau, dans l’élément  Air et dans l’Elément Feu ?

Il symbolise la purification intérieure  par le discernement et on applique l’écobuage dans les  terres extérieures. Il est également lié à la fécondation ; les cendres sont fertilisantes pour la terre.

L’être humain consumé dans sa partie profane n’est plus aspiré par les tracas de ce monde et peut commencer à s’élever et vivre l’instant présent. Il va pouvoir s’ouvrir ou s’orienter vers une autre dimension, vers l’Etre :

«  Le phénix renait de ses cendres », tel est l’initié qui vit la résurrection de l’âme.

Toutes ces différentes cultures intérieures dans le jardin de notre âme nous amènent vers le cinquième élément, l’Ether. Cet élément fluide, le plus subtil, appelé aussi Quintessence, est à la fois la synthèse de tous et les transcende.

Ce point unique dans l’espace de l’Etre, ce point d’équilibre de toute réalité humaine est aussi appelée Pierre Philosophale,  passage qui permet l’accès à d’autres états de conscience et qui s’ouvre sur de multiples dimensions.

En conclusion, ces Agoras nous amènent à prendre conscience que  la séparation est une pure illusion et que les perceptions entre ces deux mondes intérieurs – extérieurs sont  très profondes et très  délicates

C’est dans cette interdépendance entre les deux univers, les deux dimensions, que l’éthique de responsabilité d’habiter pleinement notre terre se joue, en assumant ce que nous sommes réellement, impliquant une alliance de la mystique avec la pratique qui transcende toutes formes de séparations et de fragmentations illusoires.

Nous souhaitons simplement ouvrir la porte aux possibles.

Nous souhaitons simplement oser et  agir.

Nous souhaitons simplement  nous donner la possibilité d’œuvrer et apporter notre pierre de contribution afin de devenir les artisans participatifs au  changement.

En mettant en  commun nos talents, si petits soient-il, nous exprimerons cet « effet papillon »  qui se  manifeste par un simple battement d’ailes, des petits riens, de simples gestes qui apportent d’incroyables conséquences  dans un fascinant faisceau de connexions.

En réorientant notre désir, il nous amènera vers une communion plus simple, naturelle, innée avec notre Mère la Terre.

Découvrons notre interdépendance avec  la Nature qui  nous enseigne ses lois : à nous de les observer afin de les comprendre et de les utiliser correctement pour éviter des effets boomerang (ex : l’utilisation intempestive des énergies fossiles entraîne le réchauffement climatique qui à son tour provoque des évènements météorologiques de plus en plus intenses et fréquents au détriment de notre sécurité et de notre santé).

La nature fructifie  toutes les semences : à nous de distinguer le grain de l’ivraie.

Cultivons notre terre intérieure pour devenir une humanité responsable et attentionnée envers notre Mère la Terre.

Puissions-nous être de plus en plus nombreux à suivre la voie de l’Ecosophie pour l’amour de notre Mère la Terre à travers notre vaste monde pour que la Fraternité circule un jour librement parmi les hommes.

« Celui qui a la Connaissance de la Vérité est libre, l’homme libre est droit. Celui qui est devenu libre par la Connaissance se fait serviteur par l’amour de tous ceux qui n’ont pas encore cette Connaissance et cette liberté. La connaissance les rend capables de cela parce qu’ils sont libres de leur liberté même. » Evangile de Philippe Planche 125[2].

[1] Michel Maffesoli, professeur à la Sorbonne, auteur de « Ecosophie » aux éditions du Cerf.

[2] Evangile de Philippe –Jean-Yves Leloup – Spiritualités vivantes Albin Michel